Devenir propriétaire reste un objectif important pour de nombreux ménages en France, mais les prix de l’immobilier rendent parfois ce projet difficile à concrétiser. Afin de faciliter l’accession à la propriété pour les foyers aux revenus modestes, un dispositif innovant a vu le jour : le bail réel solidaire (BRS).
Ce mécanisme repose sur un principe simple : dissocier le foncier du bâti. Concrètement, l’acquéreur achète uniquement le logement, tandis que le terrain reste la propriété d’un organisme spécialisé, appelé Organisme de Foncier Solidaire (OFS). Cette séparation permet de réduire le prix d’achat et d’ouvrir la voie à une accession sécurisée et durable.
Encore méconnu du grand public, le bail réel solidaire suscite pourtant un intérêt croissant dans plusieurs villes. Il présente des avantages indéniables, mais aussi des limites qu’il faut bien comprendre avant de s’engager. Cet article vous propose un tour d’horizon complet du dispositif : fonctionnement, atouts, contraintes et comparaison avec d’autres solutions d’accession à la propriété.
Sommaire
Qu’est-ce que le bail réel solidaire ?
Le bail réel solidaire (BRS) est un dispositif d’accession à la propriété mis en place par la loi ALUR de 2014, puis renforcé par la loi ELAN de 2018. Son objectif est de rendre le logement accessible aux ménages qui rencontrent des difficultés à acheter sur le marché classique.
Le principe est assez simple : le terrain et le logement sont dissociés.
- Le terrain reste la propriété d’un Organisme de Foncier Solidaire (OFS), structure à but non lucratif agréée par l’État.
- L’acquéreur achète uniquement le bâti (l’appartement ou la maison) et signe en parallèle un bail de longue durée, généralement entre 18 et 99 ans, avec l’OFS pour l’usage du terrain.
Cette dissociation permet de réduire considérablement le prix d’achat, puisque la valeur du foncier est exclue de la transaction. L’acquéreur devient ainsi pleinement propriétaire de son logement, mais pas du sol sur lequel il est construit.
Un autre point clé du BRS concerne la revente. En cas de cession, le prix est encadré et doit être validé par l’OFS. L’objectif est d’éviter la spéculation immobilière et de garantir que le logement reste abordable pour les futurs acquéreurs.
👉 Exemple concret : un appartement estimé à 220 000 € en accession classique peut être proposé autour de 150 000 € en BRS, selon la valeur du terrain et la localisation. Cette réduction rend le dispositif attractif pour les ménages aux revenus modestes, tout en assurant la pérennité de logements abordables sur le long terme.
Comment fonctionne le bail réel solidaire ?
Le bail réel solidaire repose sur un contrat particulier qui organise la relation entre l’acquéreur et l’Organisme de Foncier Solidaire (OFS). Ce fonctionnement présente plusieurs spécificités.
Durée du bail
Le contrat signé avec l’OFS s’étend sur une période allant de 18 à 99 ans. Il est automatiquement renouvelé lors d’une revente, ce qui garantit que le logement reste dans le dispositif sur plusieurs générations.
Droits de l’acquéreur
Même si le terrain ne lui appartient pas, l’acquéreur bénéficie de droits comparables à ceux d’un propriétaire classique :
- Il peut habiter son logement librement, à condition qu’il en fasse sa résidence principale.
- Il peut effectuer des travaux ou des aménagements, sous réserve de respecter les règles fixées par l’OFS.
- Il peut transmettre son logement à ses héritiers, qui reprennent alors le bail.
Obligations spécifiques
En contrepartie, certaines obligations sont imposées :
- Respect des conditions de ressources fixées pour l’accession.
- Paiement d’une redevance mensuelle à l’OFS pour l’occupation du terrain (souvent modeste, quelques dizaines d’euros).
- Obligation de revendre dans le cadre encadré du BRS, sans spéculation.
Modalités de revente
Lorsqu’un propriétaire souhaite céder son bien, il doit obtenir l’accord de l’OFS. Le prix de vente est calculé selon une formule prévue au contrat, prenant en compte le prix d’acquisition initial et l’évolution de certains indices (par exemple, l’indice du coût de la construction). L’acquéreur suivant doit lui aussi respecter les conditions de ressources.
Différence avec d’autres formules
Contrairement à une location classique, le ménage est bel et bien propriétaire de son logement. Mais, à la différence d’un achat sur le marché libre, il n’est pas propriétaire du terrain et son prix de revente est plafonné.
👉 Exemple : un couple qui revend son logement BRS dix ans après l’achat ne pourra pas appliquer le prix du marché libre. Le calcul respectera la formule prévue, ce qui garantit un prix accessible pour le nouvel acquéreur, mais limite la plus-value du vendeur.
Les avantages du bail réel solidaire
Le bail réel solidaire a été pensé pour faciliter l’accès à la propriété, en particulier pour les ménages aux revenus modestes. Il présente plusieurs atouts, aussi bien pour les particuliers que pour les collectivités.
Un prix d’achat réduit
L’élément le plus attractif du BRS est la baisse du prix d’acquisition. En n’achetant pas le terrain, le coût global du logement est allégé de 20 à 40 % selon la localisation. Cela permet à des foyers qui n’auraient pas pu acheter dans le marché classique de devenir propriétaires.
👉 Exemple chiffré :
- Appartement T3 dans une grande ville : prix du marché libre = 220 000 €
- Même bien en BRS (hors foncier) = 150 000 €
- Économie réalisée : 70 000 €
Une solution pour lutter contre la spéculation
En encadrant le prix de revente, le BRS garantit que le logement reste accessible dans le temps. Même si le marché immobilier flambe, la valeur du bien ne peut pas suivre cette hausse. Les logements restent donc abordables pour les futurs acquéreurs.
Un dispositif sécurisé
Le cadre juridique du BRS, défini par la loi, protège les acquéreurs :
- Les contrats sont contrôlés par l’OFS.
- Le logement doit être occupé en tant que résidence principale, évitant les dérives spéculatives.
- Le bail est renouvelable et transmissible, ce qui assure une stabilité pour les familles.
Un intérêt collectif
Pour les collectivités, le BRS permet de créer et maintenir sur le long terme un parc de logements abordables. C’est un outil efficace pour préserver la mixité sociale et limiter l’exclusion des ménages modestes dans les zones tendues.
Les inconvénients et limites du bail réel solidaire
Si le bail réel solidaire présente de nombreux atouts, il comporte aussi des contraintes qu’il faut bien connaître avant de s’engager.
Une revente encadrée
L’un des principaux freins pour certains acquéreurs est l’encadrement du prix de revente. Contrairement à l’accession libre, il n’est pas possible de revendre son logement au prix du marché. Le prix est plafonné et doit être validé par l’OFS, ce qui limite les perspectives de plus-value.
Des conditions de ressources restrictives
Le BRS s’adresse uniquement à des ménages respectant des plafonds de revenus fixés au niveau national (inspirés du prêt social location-accession). Si vos ressources dépassent ces seuils, vous ne pouvez pas bénéficier du dispositif.
Une offre encore limitée
Le bail réel solidaire est un dispositif relativement récent. Il n’est pas encore disponible sur tout le territoire et reste concentré dans certaines grandes villes ou zones tendues. Dans de nombreux secteurs, il n’existe pas encore d’Organisme de Foncier Solidaire actif.
Une redevance mensuelle à prévoir
Même si elle reste modeste (souvent entre 1 et 3 € par m²), l’acquéreur doit s’acquitter d’une redevance mensuelle auprès de l’OFS pour l’usage du terrain. Cela s’ajoute aux charges classiques liées à la copropriété ou à l’entretien.
Un choix qui limite la liberté patrimoniale
Le BRS ne permet pas de spéculer ni de transformer le logement en résidence secondaire ou en investissement locatif. C’est une solution pensée pour la résidence principale, ce qui peut sembler trop restrictif pour certains profils d’acheteurs.

Conditions d’éligibilité et procédure d’obtention
Le bail réel solidaire ne s’adresse pas à tous. Il est encadré par des critères précis afin de cibler les ménages pour qui l’accession à la propriété est la plus difficile.
Les conditions d’éligibilité du BRS
Plafonds de ressources
Pour bénéficier du bail réel solidaire, les revenus du ménage doivent être inférieurs à un seuil défini par la réglementation. Ces plafonds de ressources sont fixés chaque année par arrêté, et dépendent :
- de la composition du foyer fiscal (nombre de personnes),
- de la zone géographique où se situe le logement (zones A, B1, B2, C).
Voici les plafonds applicables en 2025 :
| Nombre de personnes dans le foyer | Zone A et A bis | Zone B1 | Zones B2 et C |
|---|---|---|---|
| 1 personne | 35 515 € | 26 921 € | 23 116 € |
| 2 personnes | 49 720 € | 35 899 € | 30 874 € |
| 3 personnes | 56 825 € | 41 042 € | 36 617 € |
| 4 personnes | 64 638 € | 45 791 € | 41 016 € |
| 5 personnes | 73 732 € | 50 489 € | 45 593 € |
| Par personne supplémentaire | + 8 910 € | + 4 586 € | + 4 487 € |
💡 Exemple : un couple avec un enfant (3 personnes) souhaitant acheter un logement en zone B1 ne doit pas dépasser 41 042 € de revenu fiscal de référence cumulé pour être éligible au BRS.
Usage du logement
Le bien doit être occupé en tant que résidence principale. La location, la sous-location ou la transformation en résidence secondaire sont interdites.
Validation par l’OFS
L’Organisme de Foncier Solidaire doit vérifier que toutes les conditions sont respectées avant d’autoriser l’achat.

La procédure d’obtention du BRS
- Constitution du dossier
L’acquéreur doit fournir les justificatifs de revenus, d’identité et de situation familiale. - Examen par l’OFS
L’OFS vérifie la conformité du dossier (plafonds de ressources, éligibilité du logement, respect des règles du dispositif). - Signature du contrat
L’acquéreur signe deux documents :- l’acte de vente pour le logement (le bâti),
- le bail réel solidaire avec l’OFS pour le terrain.
- Paiement de la redevance
Une redevance mensuelle, fixée dès la signature, doit être réglée à l’OFS pour l’occupation du foncier.
👉 Exemple pratique : un ménage souhaitant acquérir un appartement en BRS doit démontrer que ses revenus ne dépassent pas les plafonds, fournir son avis d’imposition, puis attendre la validation de l’OFS avant de signer chez le notaire.
Comparaison avec d’autres dispositifs d’accession à la propriété
Le bail réel solidaire n’est pas la seule solution d’accession aidée. Pour mieux comprendre sa place dans le paysage immobilier, il est utile de le comparer avec d’autres dispositifs existants, comme l’accession classique ou le prêt social location-accession (PSLA).
BRS vs accession classique
Dans l’accession classique, l’acheteur acquiert à la fois le terrain et le logement. Cela permet une totale liberté sur la revente, l’usage ou la valorisation patrimoniale, mais le prix d’achat est plus élevé. Le BRS, en dissociant le foncier, réduit le coût mais impose des règles strictes à la revente.
BRS vs PSLA (Prêt social location-accession)
Le PSLA est un dispositif qui commence par une phase locative : le ménage occupe le logement en tant que locataire avant de lever l’option d’achat. Le BRS, lui, permet d’être propriétaire dès le départ, mais toujours avec un encadrement des prix. Les deux dispositifs ciblent les mêmes profils de ménages, avec des conditions de ressources similaires.
Tableau comparatif
| Critères | Bail réel solidaire (BRS) | Accession classique | Prêt social location-accession (PSLA) |
|---|---|---|---|
| Propriété du terrain | Conservée par l’OFS | Oui (acheteur) | Oui (après levée de l’option d’achat) |
| Prix d’achat | Réduit de 20 à 40 % | Prix du marché libre | Prix du marché mais avec TVA réduite |
| Conditions de ressources | Oui, plafonds fixés | Non | Oui, plafonds fixés |
| Usage du logement | Résidence principale uniquement | Libre (résidence, location, etc.) | Résidence principale uniquement |
| Revente | Encadrée par l’OFS | Libre | Encadrée (durant une période donnée) |
| Aides cumulables | PTZ, prêts aidés, subventions locales | PTZ possible | PTZ, TVA réduite, aides locales |
| Public visé | Primo-accédants, ménages modestes | Tout type d’acheteurs | Primo-accédants, ménages modestes |
👉 Concrètement, le BRS est le plus adapté aux ménages qui souhaitent acheter leur résidence principale à un prix abordable, sans objectif de spéculation. Le PSLA peut convenir à ceux qui veulent tester une période locative avant d’acheter, tandis que l’accession classique s’adresse aux ménages recherchant une pleine liberté patrimoniale.
Questions fréquentes
Quelle est la durée d’un bail réel solidaire ?
La durée minimale est de 18 ans, mais elle peut aller jusqu’à 99 ans. Ce bail est renouvelable et transmissible, ce qui assure une stabilité pour les générations futures.
Peut-on revendre un logement acheté en BRS ?
Oui, mais la revente est encadrée. Le prix de cession est plafonné et doit être validé par l’Organisme de Foncier Solidaire (OFS). L’objectif est de maintenir le logement abordable pour les futurs acquéreurs.
Qui peut bénéficier du bail réel solidaire ?
Le dispositif est réservé aux ménages respectant des plafonds de ressources définis par la loi. Il vise principalement les primo-accédants et les foyers modestes souhaitant acheter leur résidence principale.
Le bail réel solidaire est-il compatible avec un prêt à taux zéro (PTZ) ?
Oui, le PTZ peut être cumulé avec un BRS si les conditions sont remplies. Cela permet de réduire encore le coût du financement pour l’acquéreur.
Le bail réel solidaire existe-t-il partout en France ?
Pas encore. Le dispositif se développe progressivement dans certaines villes et métropoles. Sa disponibilité dépend de l’implantation des Organismes de Foncier Solidaire locaux.


